15.08.2010

Le droit de révolte

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Ce qui se joue aujourd’hui en France dépasse les clivages gauche droite et les querelles politiciennes. C’est la République qui est mise en danger, ses valeurs, ses principes, sa loi fondamentale, par un président cynique, dépourvu de toute vertu. Son but : reprendre la main sur l’actualité et décrédibiliser une opposition soupçonnée d’angélisme sur les questions sécuritaires.

 

Cette stratégie du bouc émissaire marque bien sa candidature à sa réélection, elle ne compte pas réduire les faits de délinquance, mais les attiser en opposant, de façon à peine voilée, une France blanche et judéo-chrétienne à une communauté musulmane dont la pleine citoyenneté est remise en cause. Et Sarkozy de centrer sa campagne sur un seul thème : la sécurité. Alors qu’importent les coups de canif à la Constitution, qu’importent les allusions xénophobes, pourvu que la polémique s’enflamme et que l’opposition tombe dans le piège.

 

Mais, par ses discours et rodomontades, le président est sorti de son rôle ; lui, chargé de « veiller au respect de la Constitution, d’assurer le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que de la continuité de l’Etat », se comporte en fossoyeur des principes républicains, en pyromane de la paix sociale. Face à de tels agissements, tout Français, attaché à la République et à ses valeurs, doit se révolter s’il ne souhaite pas voir son pays sombrer dans une idéologie néo-pétainiste et être condamné par une communauté internationale qui montre déjà certains signes d’agacement.

08.10.2009

Polémique sur Frédéric Mitterrand : le PS nullissime

Hamon.jpgComment Benoît Hamon et Martine Aubry peuvent-il faire le jeu du FN ? Comment peuvent-ils s’ériger en père ou mère la pudeur ? Lui, le porte-parole, apparatchik, incapable d’aligner deux mots de français sans faire des fautes de syntaxe et, elle, la secrétaire générale dont la légitimité ne tient que d’une élection bidon où les urnes ont été bourrées, la démocratie bafouée ?

  

Non en politique, tous les coups ne sont pas permis, non le PS, qui n’est en perte vitesse que par ses propres dissensions et ambitions mesquines, celles de petits notables préférant sacrifier l’intérêt général à leurs postes locaux, n’a pas le droit de s’attaquer de la sorte à un homme, fût-il son pire ennemi. Et que le choix de Frédéric Mitterrand comme ministre de la culture plaise ou déplaise, que son illustre patronyme puisse interpeller dans un gouvernement où les principaux protagonistes ont été castés comme dans un vulgaire jeu de télé-réalité, n’autorisent pas M. Hamon de le traîner dans la boue en estimant « choquant qu’un homme puisse justifier, à l’abri d’un récit littéraire, le tourisme sexuel » et en adoubant par là même implicitement voire hypocritement les propos de Marine Le Pen sur les mœurs plus que douteuses du ministre de la culture, payant à l’étranger, les charmes de jeunes garçons.

 

Ni l’un, ni l’autre n’ont dû lire le livre auquel ils font allusion. Car si dans Mauvaise Vie Frédéric Mitterrand parle de ses expériences avec la prostitution, ce n’est pas pour en faire l’apologie et encore moins celle de la pédophilie, mais pour évoquer son rapport à la séduction, son incapacité à se sentir aimé et, ce, quelles que soient les périodes de son existence. Son regard n’est ni cynique, ni pervers, c’est celui de l’introspection sans concession sur des évènements de sa vie où il n’a strictement rien à se reprocher.

 

Et puis le fond du problème n’est pas là, qu’on apprécie ou pas cet ouvrage, il se voulait littéraire, et il l’était. La littérature, comme tout art, doit s’abstraire de la morale. Non pas qu’elle soit au-dessus mais parce qu’elle est en dehors, parce qu’elle sonde la nature humaine sous toutes ces facettes, même les plus sombres, parce qu’elle touche aux émotions, aux sentiments, aux fantasmes, aux transgressions. Faut-il vouer aux gémonies tous les auteurs de polars, interdire Lolita, brûler les chefs d’œuvre de Céline ou tuer Houellebecq lorsqu’il critique l’Islam ? Et surtout faut-il s’attaquer aux auteurs par le contenu de leurs ouvrages ?

  

La littérature n’est pas un abri mais un exutoire et l’utiliser de la sorte pour descendre un adversaire est indigne d’un homme ou d’une femme politique qui ose encore se revendiquer socialiste.

17.07.2009

La droite porte la poisse

Depuis qscoumoune_la.jpgue Sarkozy a été élu, les étés pourris se succèdent, et même à Nice ce matin il faisait gris. La droite porte la poisse ; à chaque fois qu’elle est au pouvoir, c’est la catastrophe et à chaque fois, c’est toujours de la faute aux autres, la faute à notre système social, pesant et castrateur, la faute à notre manque d’initiative, la faute à la mondialisation... Et cette droite incapable n’est pas plus responsable de la météo que de l’économie ; tout la dépasse, même les effets de cette crise, légèrement atténués en France par cet Etat providence que le gouvernement en place n’a de cesse de vouloir détruire. La droite porte la poisse et les Français en redemandent...

13.06.2009

Jaffa

A Jaffa, images.jpgfaubourg de Tel-Aviv, travaillent dans le même garage le patron Reuven, son fils Meir, sa fille Mali, ainsi que deux employés arabes Hassan et son fils Toufik. Le fils du patron, fainéant, raciste et méprisant, traite de façon exécrable les employés de son père et en particulier Toufik dont personne ne se doute qu’il entretient avec Mali une liaison amoureuse, qu’elle est enceinte de lui et qu’ils projettent de se marier en secret. L’histoire tourne vite à la tragédie : Toufik tue Meir accidentellement lors d’une altercation ; le jeune arabe se trouve incarcéré et les doux rêves de Mali s’effondrent…

 

Derrière cette histoire, la jeune réalisatrice israélienne, Keren Yedaya, ne tombe pas dans les caricatures de la haine, même si elle ne dissimule pas l’incompréhension et les tensions entre les deux communautés. Elle décrit des personnages modestes, dans un quartier à « l’esthétique » cairote. La mort du fils indigne semble apaiser cette famille, la débarrasser de son côté sombre, mais les lâchetés, les non-dits, les culpabilités restent là en suspens jusqu’à étouffer ce huis-clos du quotidien qui laisse pourtant une large place à la sensibilité et aux émotions.

Eloge des paraplégiques

Flagorneur consensuel

Euphémisme virtuel

Le caoutchouc s’use

Sur le macadam

 

Gravité bienséante

Des fesses concupiscentes

Aux escarres fréquentes

Des pensées récurrentes

 

Les tramways vibratoires

Les portes laminoirs

Une histoire à refaire

Sans Karma nécessaire

 

Moelle substantifique

Mais moelle démotivée

Le cerveau s’enquiquine

Des membres à réprimer

 

Un retour circulaire

De la roue débonnaire

Une histoire à refaire

Sans Karma nécessaire

07.06.2009

Elections européennes

Finalemenimages.jpgt, j’ai voté socialiste, j’ai voté socialiste et je ne le regrette pas. J’ai hésité jusqu’au dernier moment, hésité à voter, hésité entre diverses listes de gauche. Puis dans l’isoloir, je me suis dit qu’il fallait que je donne ma voix à un parti qui n’allait pas en avoir beaucoup, vu la multitude de l’offre, les risques d’émiettement et les risques d’affaiblissement. Et la cynique arithmétique a fini encore une fois par parler : abstention record, concurrence mortelle entre des frères ennemis de gauche qui rendent service à cette majorité présidentielle qu’ils soi-disant exècrent, et finissent encore une fois par laminer le seul parti offrant une alternative crédible, une alternative aussi bien sur le plan européen que sur le plan national.

 

La vérité c’est que ces élections ne veulent rien dire car avec 60% d’abstention, la démocratie n’a pas parlé et surtout elle n’a pas fonctionné. Et ce n’est pas du fait de la crise ou du rejet de l’Europe, mais de l’absence de campagne en particulier à la télévision, à la télévision de « service public », totalement asservie au pouvoir élyséen. Avec une seule émission de prime time sur France 2, trois jours avant les élections, et animée par une journaliste partiale, qui n’avait qu’un seul message à véhiculer dans le capharnaüm des débats : « on n’y comprend rien ». La vérité c’est que Sarkozy avait tout intérêt à cette si faible mobilisation, assuré que son noyau dur, accro à son discours sécuritaire, allait quoi qu’il arrive se mobiliser. La vérité est que ni le fonctionnement des institutions européennes, ni les enjeux de ces élections n’ont jamais été expliqués ou développés. La vérité est qu’un film écolo très esthétisant, financé par un milliardaire, a été diffusé bien à propos, propulsant Europe Ecologie à la troisième position talonnant le parti socialiste et reléguant Bayrou dans une position d’imprésidentiable.

21.04.2009

Sommes-nous dans une période pré-révolutionnaire ?

images.jpg« Il y a un risque révolutionnaire en France », c’est avec cette petite phrase que Dominique de Villepin a su attirer l’attention, histoire de ne pas être oublié et de se positionner, comme une certaine Ségolène, dans une course prématurée à l’Elysée. Derrière cette stratégie politique à deux euros, la question mérite d’être posée. Et François Chérèque de lui rétorquer hier matin sur France Inter que l’ancien premier ministre n’était pas le mieux placé pour sentir le pouls de l’opinion publique, vu son expérience malheureuse du CNE, et qu’il ne pensait pas que ce risque soit réel même si ce sont les jeunes les plus touchés. Pour une fois, je crois que Chérèque a raison, il n’existe pas en France de réels risques révolutionnaires même si la crise économique que nous traversons est dixit l’OFCE la plus sévère depuis 70 ans. Cette hypothèse deviendrait crédible si cette crise venait à s’enliser pendant plusieurs années. Mais force est de constater, peut-être moins en France qu’ailleurs, que les pouvoirs publics ont pris conscience de la gravité de la situation et que, jamais depuis l’après-guerre, les Etats les plus puissants de la planète, n’ont paru aussi interventionnistes, balayant d’un revers de main le modèle ultra-libéral, implanté à coup de propagandes depuis la fin des Trente Glorieuses. Même le plan Marshall, dont, rappelons-le, la France a le plus bénéficié, fait pâle figure à côté des milliers de milliards de dollars qui ont été ou vont être injectés dans la machine. Grande différence donc avec la crise de années 30 dont la foi aveugle en une auto-régulation des marchés avait entraîné les catastrophes que l’on connaît (montée du nazisme, deuxième guerre mondiale…).

 

Pour aussi violente qu’elle soit, cette crise ne durera pas plus de deux ans, ce qui est déjà énorme, le plus grand risque viendra alors de la bulle spéculative qui est en train de naître sur les marchés obligataires avec ces déficits gigantesques qu’il faudra bien rembourser et qui provoqueront tôt ou tard une augmentation des taux d’intérêt ou une inflation importante. Difficile de croire que les « créanciers émergents », la Chine en particulier, accepteront de se faire payer en monnaie de singe avec un dollar sous-évalué. Pour l’instant nous ne sommes encore qu’au creux de la vague avec les conséquences sociales qui se mesureront, à l’échelle de la planète, en plusieurs dizaines de millions de chômeurs.

 

Mais paradoxalement, cette crise si violente, pourrait contribuer à différer une crise encore bien plus grave, celle du réchauffement climatique. Pour la première fois, la production de gaz à effet de serre diminue, et il faudrait des décennies de décroissance, comme celles que nous connaissons aujourd’hui pour enrayer le processus ! Paradoxe qui pourrait quant à lui bien conduire à une remise en cause de notre système capitaliste dont le principal moteur reste la société de consommation avec son impérieuse nécessité de produire toujours plus. Et ni le modèle néo-libéral, ni le modèle keynésien n’ont pour l’instant trouvé la voie du développement durable susceptible de concilier intérêts économiques, intérêts écologiques et respect de la dignité humaine. Soit l’on traverse des phases de croissance des richesses, à la répartition très inégalitaire et aux externalités négatives (épuisement des ressources naturelles, pollutions...) finissant par couper la branche sur laquelle le système est assis, soit l’on traverse des phases de récession paupérisant la classe moyenne et reléguant les plus modestes au statut d’indigents.

 

Peut-être que pour sortir de cette logique malthusienne et pour ne pas donner raison, près deux siècles plus tard, au pessimisme de Ricardo, la solution ne viendra pas d’un changement de système mais des progrès de la science et de la technique capables de provoquer d’autres révolutions économiques assurant par exemple une réelle transition des énergies fossiles vers des énergies renouvelables et un modèle de production qui n’altèrerait pas les ressources de la planète. Vaste programme, ce qui est sûr, c’est que nos modèles politiques se trouveraient incapables de gérer à terme une pénurie généralisée, car la lutte pour la survie et les conflits qu’elle provoque ne s’embarrassent jamais de grands principes démocratiques.